"Le Cercle rouge" et les grands films de casse français qui l’ont précédé

"Le Cercle rouge" et les grands films de casse français qui l’ont précédé

02 novembre 2020
Cinéma
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Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville
"Le Cercle rouge" de Jean-Pierre Melville 1970 STUDIOCANAL – FONO ROMA (ITALIE) TOUS DROITS RÉSERVÉS - Carlotta Films
À l’occasion des 50 ans du Cercle rouge, célébrés par l’édition d’un Blu-ray UHD chez Studiocanal (et une ressortie en salles datée au 16 décembre), retour sur quelques fleurons français du film de casse des années 50 et 60, qui ont précédé le chef-d’œuvre de Jean-Pierre Melville.

Touchez pas au grisbi (Jacques Becker, 1954)

Les années 50 sont un âge d’or pour ce sous-genre du film noir qu’est le « film de casse ». Aux États-Unis, John Huston donne l’impulsion dès le début de la décennie avec Quand la ville dort (The Asphalt Jungle, 1950), aujourd’hui encore considéré comme un sommet du genre, qui inspirera notamment un débutant nommé Stanley Kubrick (L’Ultime razzia, 1956). Touchez pas au grisbi en est en quelque sorte le pendant français, l’histoire d’une lutte entre gangs rivaux qui se déchirent pour des lingots d’or, où Jacques Becker privilégie l’étude de caractères à l’action, et évoque magnifiquement la vie violente des truands. Gros succès à sa sortie, le film aura un impact culturel considérable. Il marquera en effet le retour en grâce de Jean Gabin auprès du public et le commencement de sa seconde carrière, les premiers pas à l’écran de Lino Ventura, ainsi que le début d’un engouement pour les écrits d’Albert Simonin, dont le Grisbi or not grisbi inspirera bientôt Les Tontons flingueurs. Encore récemment, dans The Irishman, Martin Scorsese faisait entendre l’harmonica plaintif de la superbe bande originale de Touchez pas au grisbi, signée Jean Wiéner.

 

Du rififi chez les hommes (Jules Dassin, 1955)

Après le grisbi, le rififi. Un parfait « complément de programme » au film de Jacques Becker, plus sec et dégraissé. Premier long métrage tourné en France par Jules Dassin, chassé des États-Unis par le maccarthysme et la liste noire, Du rififi chez les hommes s’attarde très longuement sur l’exécution du casse lui-même. Les trente minutes qui lui sont consacrées, presque entièrement muettes, sont géniales de dépouillement, de rigueur et de suspens. Un apogée du genre, que Dassin essaiera de surpasser dans Topkapi (1964), film qui influencera à son tour la célébrissime scène de l’effraction au siège de la CIA dans Mission : Impossible de Brian De Palma (1996).

 


Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

Henri Verneuil, sur un script et des dialogues signés Michel Audiard, orchestre la première rencontre entre Jean Gabin et Alain Delon et propulse le film de casse à la française dans les années 60. Il s’agit ici de cambrioler un casino d’Antibes, le Palm Beach. Le film est en noir et blanc mais irradie pourtant du soleil de la Côte d’Azur. Verneuil se régale à filmer une jet-set s’engouffrant avec joie, volupté et un brin de vulgarité, dans une décennie placée sous le signe du plaisir. Il capte surtout, à travers l’affrontement complice du vieux lion Gabin et du jeune loup Delon, un passage de témoin entre deux générations de stars. L’image finale du film – ces billets flottant à la surface d’une piscine au petit matin – est, de toute l’histoire du genre, l’une de celles qui expriment le mieux le dérisoire et le pathétique de ces chasses au trésor hors-la-loi.

 

Le Cerveau (Gérard Oury, 1969)

Un autre duel de stars (Bourvil et Belmondo), mais cette fois pour rire. Gérard Oury parodie le genre autant qu’il le célèbre avec cette espèce de blockbuster comique, associant deux rois du box-office français à des stars internationales d’envergure (David Niven, Eli Wallach). S’inspirant de la véritable attaque de train postal Glasgow-Londres, Le Cerveau raconte le cambriolage extrêmement ambitieux et sophistiqué d’un train spécial de l’Otan par des génies du crime et deux pieds nickelés. Avec ses 5,5 millions d’entrées, le film réalisera un score en deçà de ceux du Corniaud et de La Grande Vadrouille (les deux précédents films de Gérard Oury), mais s’imposera néanmoins comme le deuxième plus gros succès de l’année 1969. Et le plus populaire de tous les films de Belmondo, qui se fera ensuite une spécialité des braquages et cambriolages en tout genre, du Casse (1971) à Hold-up (1985).

 

Le Cercle rouge (Jean-Pierre Melville, 1970)

« Quand les hommes, même s’ils l’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. » La citation de Rama Krishna qui ouvre Le Cercle rouge est entrée dans la légende du cinéma français. Tout comme le casse d’une bijouterie de la place Vendôme au cours duquel Jean-Pierre Melville dilate le temps et cherche clairement à se mesurer au Jules Dassin de Du rififi chez les hommes – même hiératisme, même mutisme, même tension. Vingt-cinq minutes sans dialogues qui marquent un aboutissement dans la quête de perfection et d’épure du cinéaste.