Maurice Genevoix, la plume de la Grande Guerre

Maurice Genevoix, la plume de la Grande Guerre

09 novembre 2020
Cinéma
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Raboliot de Jacques Daroy
Raboliot de Jacques Daroy Les Prisonniers Associés/CGP/DR
Ancien combattant des batailles de la Marne et des Éparges, écrivain, académicien et président fondateur du Mémorial de Verdun, Maurice Genevoix, disparu en 1980, entrera ce 11 novembre 2020 au Panthéon pour le centenaire du Soldat inconnu. Son œuvre a été adaptée au cinéma comme à la télévision. Florilège.

Raboliot

Maurice Genevoix a célébré avec justesse et poésie le fragile rapport de l’homme avec la nature, les paysages de son Val de Loire, la forêt de Sologne peuplée d’animaux sauvages… Dans Raboliot, il décrit une campagne française du début du XXe siècle, où Pierre Fouquet, dit Raboliot, un homme épris de liberté, est passionné de chasse nocturne. Le braconnage est son moyen de protester contre une société qu’il juge sans espoir. Mais la méchanceté d’un garde-chasse et la jalousie des hommes le poussent à commettre un crime. Publié en 1925, Raboliot obtient le prix Goncourt et remporte un immense succès populaire. En 1946, Jacques Daroy tourne une adaptation cinématographique en Sologne, sur les lieux mêmes qui inspirèrent Genevoix. Le film a été produit par Les Prisonniers Associés, une coopérative d’anciens prisonniers français de la Seconde Guerre mondiale.
Deux autres adaptations ont été produites par la suite pour la télévision, une en 1971, écrite par Jean-Louis Bory et réalisée par Jean-Marie Coldefy, et une autre en 2008, signée Jean-Daniel Verhaeghe.

Beau-François

En 1974, Roger Kahane a réalisé pour la télévision cette adaptation d’un roman emblématique de Maurice Genevoix retraçant la vie d’un criminel français, principal membre des Chauffeurs d’Orgères qui terrorisèrent la région de la Beauce à la fin du XVIIIe siècle. Grand nom de la télévision française, Roger Kahane s’est associé pour l’adaptation à un autre pilier de l’ORTF, Marcel Jullian. Le film suit le destin aventureux d’un homme étrange – interprété par Laurent Terzieff, fin diseur et chef d’une bande de hors-la-loi.

La Loire, Agnès et les garçons

Maurice Genevoix est un enfant de la Loire. Installé à Saint-Denis-de-l’Hôtel, dans une bâtisse au bord de l’eau, « vieille maison, rêveuse, pleine de mémoire et souriant à ses secrets », il écrira ensuite la majorité de son œuvre à Châteauneuf-sur-Loire. C’est là que naît La Loire, Agnès et les garçons, roman sur l’amitié de deux jeunes bacheliers bouleversés par leur rencontre avec une jeune femme dont ils tombent tous les deux amoureux… Patrice Martineau en signe l’adaptation pour Arte en modernisant un peu l’action. Présenté au Festival de Luchon en 2000, le film a valu à Mathieu Crépeau le prix d’interprétation masculine.

Ceux de 14

Mobilisé en 1914, Maurice Genevoix fut assigné au 106e régiment d’infanterie. Grièvement blessé en avril 1915, il tirera de ses neuf mois de guerre cinq ouvrages qui, réunis en un volume intitulé Ceux de 14, constituent l’un des témoignages les plus importants sur la vie des Poilus dans les tranchées. En 2014, Olivier Schatzky porte à l’écran cette œuvre majeure dans une minisérie de six épisodes, conçue pour coïncider avec les commémorations du centenaire du début de la Grande Guerre. On y suit Maurice Genevoix, jeune homme de 24 ans, très entraîné, qui considère la guerre comme une épreuve de courage. Humaniste, très proche de ses soldats, il réalise alors l’horreur et l’absurdité du conflit. L’évocation de la bataille des Éparges, qui se déroula du 17 février au 5 avril 1915, constitue l’un des points culminants de la série.

 

Genevoix, la mort de près

Dans La Mort de près, un essai écrit « après cinquante-sept ans de survie », Maurice Genevoix puise, une fois encore, dans sa mémoire pour sonder l’indicible et relater le quotidien vécu au voisinage de la mort. Il convoque à sa table de travail le lieutenant de 1914 qu’il était alors, dans sa tunique tachée de sang et de boue. Le jeune officier n’a plus peur, il ne souffre plus, ses larmes sont taries. Il parle calmement, posément, libéré du feu des souvenirs qui brûlait les pages de Ceux de 14. Dans un film documentaire tourné en 2014 par le réalisateur Jacques Tréfouël à l’aide de nombreuses archives – qui reprend comme titre celui de l’essai – Maurice Genevoix évoque les trois circonstances où « la mort s’est jouée de lui » et sur lesquelles il revient une ultime fois, à 80 ans passés.